Portage salarial : parfois des surprises comme dans les plats cuisinés

Le mot n’est pas la chose. “Faire du portage salarial” est une chose, être un acteur responsable de la sécurisation des professionnels autonomes et de leurs clients en est une autre. Parmi les surprises encore trop fréquentes en attendant l’extension de la réglementation tant attendue, des candidats m’ont signalé une société qu’ils quittent en courant, étant donné ses pratiques peu professionnelles, voire peu éthiques.

Les accros aux plats cuisinés industriels ont eu récemment des surprises, en apprenant que les lasagnes Findus pur bœuf étaient en réalité cuisinées — on devrait dire assemblées — avec de la viande de cheval. Idem pour le hachis parmentier, jusqu’aux raviolis en boite d’autres marques. Findus et les autres ne sont pas coupables, mais évidemment responsables de cette situation. Ce sont eux qui sous-traitent à des fabricants la confection de leur cuisine low-cost, lesquels s’approvisionnent en matières premières un peu partout et, pour ce qui est de la viande, auprès de “traders de viande” (sic !) en cascade. On croit rêver, mais c’est plutôt un cauchemar, un de ces avatars de la financiarisation de l’économie, dont le consommateur est complice.

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Dans le portage, les choses sont parfois un peu ainsi, et les personnes intéressées sont trop souvent dans le potage ! Certaines sociétés proposent des franchises à des indépendants ou petites sociétés qui veulent diversifier leur activité, souvent parce que leur métier de base s’essouffle. Pour les candidats et pour les entreprises utilisatrices, l’illusion de la proximité avec un représentant local donne à penser que la gestion se fait sur place. D’autres sociétés font fonctionner le photocopieur à plein régime et s’improvisent “leader/spécialiste du portage salarial”. Elles montent des réunions gratuites  (encore heureux !) de présentation de leurs services. Elles font un copier-coller sans aucune plus-value des articles, formulaires et autres fiches ou pages web des acteurs connus, dont ITG.

D’autres encore se contentent de surfer de façon très amateur sur une vague qui leur semble facile et prometteuse. Facile ? Comme il n’y a pas vraiment de ticket d’entrée, n’importe qui peut créer une activité de portage, hélas encore mais plus pour très longtemps ! Prometteuse ? Les acteurs de l’intérim y croyaient, mais ont vite compris que la rentabilité de cette activité est plus faible que l’intérim ou le recrutement. Jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu jusqu’où on pouvait tomber.

Sans titre

C’est l’histoire d’une personne qui a créé son activité de traduction en 1992, ajoutant ensuite un service de secrétariat, puis un service de domiciliation, de la comptabilité et enfin un service de portage salarial. Quand on visite son site web, en arrêt sur image avec son look du milieu des années 90, on trouve le numéro de RC, et on aboutit à la surprise du chef ! Genre cuisine indigeste, faite dans un sous-sol sale par des gens sales et non déclarés, etc. Les comptes n’ont jamais été publiés ! Le statut social est “affaire personnelle, commerçant” !

Quant au retour des “portés”, il fait froid dans le dos : aucune visibilité ni copie des factures émises aux clients, aucune information quant aux règlements des factures, si ce n’est en appelant la comptable qui répond évasivement, des contrats clients perdus, des salaires versés bien après et en toute opacité. Même pas les prestations essentielles que toute entreprise de portage salarial devrait assurer impeccablement ! On ne parlera évidemment pas du conseil, de l’accompagnement, de la formation, par exemple, si utiles à bon nombre de personnes qui testent une nouvelle façon de travailler et un nouveau rapport avec des clients.

Le plus étonnant dans l’histoire est que les candidats ont signé avec cette société sans même vérifier sa solidité financière, interrogé des personnes ayant utilisé ses services, comparé avec des sociétés réputées. L’enseigne locale a fait illusion, comme les plaques de ces charlatans faux psys/faux médecins. La visibilité du produit a eu raison du manque de discernement, comme ces grandes marques agro-alimentaires qui nous font croire qu’on achète pas cher des produits bien trop chers pour ce qu’ils sont.

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  • Martine Alves

    Pourtant pour normaliser et moraliser cette branche, plusieurs sociétés exerçant l’activité de

    portage de manière professionnelle se sont regroupées au sein d’un syndicat, les

    Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial (PEPS). Ensemble,

    elles ont élaboré une Charte de Déontologie qui est celle du SNEPS, l’ancien nom du syndicat représentatif des entreprises de Portage Salarial.

    Les pratiques nées de l’interprétation de cette charte restent cependant divergentes,

    notamment en ce qui concerne les solutions juridiques et salariales. De même, entre

    les sociétés, les approches à propos de la transparence des comptes, de la gestion,

    et de l’existence réelle de supports marketing pour trouver et faciliter l’exécution des

    missions, ne sont pas toujours conformes aux attentes et aux promesses.

    Le Portage Salarial reste un concept large qui ne permet pas de préciser quel

    est le degré de pertinence de l’offre de ceux qui s’y rattachent. Ce fait confère

    au Portage Salarial une image floue et quelques fois douteuse.

    De plus, l’accès à la profession est aisé et tentant pour nombre d’organismes insuffisamment préparés ou compétents. C’est pourquoi il est à nos yeux nécessaire

    de clarifier les propositions et de mettre en avant les structures qui offrent les

    meilleures chances de réussite aux consultants qui ont l’ambition de vouloir

    construire leur activité au sein de ces sociétés.

    Le Portage Salarial est une activité qui demande un grand professionnalisme :

    —-management : service et réactivité

    —-gestion : transparence et temps réel

    —-juridique : droit du travail et responsabilité

    —-marketing : développement et accompagnement de l’activité des consultants

    —-finances : transparence et sécurité.

    C’est en effet les questions que doivent poser tout professionnel autonome lorsqu’il envisage de choisir l’entreprise qui va gérer somme toute 90% de son chiffres d’affaires..

  • Patrick Rey

    Et c’est bien dommage, en effet. Merci pour ces précisions bien utiles. CQFD.